Interview structurant: Dan Kohn, prospectiviste, sur les mutations en cours et les peurs…

Dans le cadre du Village de la Legaltech, nous avons interviewé des acteurs qui participent à structurer l’écosystème qui se crée… Commençons par Dan Kohn, prospectiviste du Groupe SECIB, qui co-animera la 2ème Legalkeynote française (mardi à 13h30).

Quelle est votre regard sur les mutations en cours, quelles principales tendances ?

Longtemps assimilée à des start-ups du Droit, la Legaltech rassemble aujourd’hui tout un écosystème où tout le monde communique et se parle ; on est de plus en plus dans un schéma ouvert et nous voyons se dessiner une évolution vers des PaaS (Plateform as a Services), y compris à terme pour des professions règlementées qui apportent leurs expertises et socles métiers et autour desquelles on construit des solutions technologiques…

Cette évolution nécessaire et ce décloisonnement a permis à des modes de pensées différents de se rencontrer en introduisant plus de travail collaboratif et d’intelligence collective, cela a surtout permis de lever toute menace et ambiguïté et de développer de nouvelles compétences.

Et si finalement la LegalTech n’était qu’une transition numérique entraînant dans sa mue les professions du Droit vers une transformation humaine et digitale ? A terme on retiendra peut-être davantage l’aspect Legalque celui de Tech,une fois la mutation et l’adoption passée.

Côté client, « je ne suis plus un numéro, ni un dossier mais un projet », et j’attends que l’on mobilise autour de moi toutes les compétences et ressources nécessaires liées à la bonne conduite de celui-ci en impliquant de la techno, des professions réglementées et des partenaires.

 

Dan Kohn accompagne depuis 20 ans les professionnels du droit sur les évolutions technologiques inhérentes à leurs métiers.
Après avoir passé 13 ans au sein d’une maison d’édition juridique, il a rejoint une des toutes premières Legaltech basé sur le text mining et le langage naturel autour d’un traitement texte juridique augmenté. Il a ensuite rejoint le groupe Secib où il occupe les fonctions de Directeur de la Prospective et de l’Innovation.
Il est également administrateur d’Open Law et mentor au sein du Lab de l’EFB.
Il co-anime la Legalkeynote française au Village de la Legaltch 2018.

Comment les offres du groupe SECIB s’adaptent-elles à ces transformations ?

L’innovation technologique est une opportunité pour les Avocats, c’est la raison pour laquelle SECIB les accompagne dans la conduite au changement, la transformation digitale, l’innovation numérique et la gestion de leur cabinet.

L’implémentation de nos solutions legaltech font de l’avocat un entrepreneur du droit qui pilote son activité avec des tableaux de bords, des métriques, lui permettant de mieux manager ses collaborateurs, de mieux connaître ses clients via l’exploitation des datas et de se focaliser sur ses clients dans l’élaboration de nouvelles offres.

SECIB est l’un des membres fondateurs du groupe SEPTEO, aujourd’hui devenu le leader européen des LegalTech en Europe.

SECIB dispose également de la plus importante équipe R&D en France, spécialisée dans l’informatique pour avocats avec 2M d’euros d’investissements en R&D et une équipe de 25 développeurs entièrement dédiée à la création et l’amélioration des outils destinés aux avocats.

L’objectif est de continuer à proposer à nos utilisateurs une interface délivrant une chaîne de valeurs autour de services et de solutions technologiques lui permettant en interne une optimisation des process, et côté client de formuler de nouvelles offres pour le rendre captif.

Du point de vue technologique, nous développons entre autres une GED augmentée basée sur un moteur de graph intelligent permettant de faire remonter toute la connaissance du cabinet et un moteur intelligent de rédaction de documents avec un clausier dynamique sur le suivi juridique des sociétés

SECIB a mis en place une cellule «prospective» au sein de la société et nous continuons d’être au contact permanent des avocats sur le terrain sur des sujets liées au numérique, à la transformation digitale, à la relation client  à l’avocat entrepreneur ou à l’optimisation des RH par le biais de TALK’S, des espaces d’échange organisés partout en France afin d’accompagner les avocats dans la compréhension des problématiques métiers présentes et futures.

 

Quels conseils peut-on donner à un avocat, un juriste ou un notaire (voire un étudiant!) qui doute de l’avenir ?

« Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme de volonté » (Emile Chartier). Si un avocat, un juriste ou un notaire (voire un étudiant!) doute pour son avenir, je ne peux malheureusement rien pour lui… Cependant, du côté professionnel, si il souhaite rester dans cette voie, alors je ne peux que l’encourager tellement les voyants sont au vert. Aujourd’hui les possibilités offertes sont multiples, créativité, innovation, entrepreneuriat, stratégie, communication sont autant d’atouts qui permettront de se positionner, de se réinventer et surtout de se renouveler.

Toute nouvelle opportunité de marché part souvent du législateur et comme nous sommes dans un pays qui aime légiférer, alors l’avenir est radieux pour construire de nouvelles offres autour de nouvelles mesures (réforme du divorce, RGPD, voiture autonome, crypto-monnaie…). Cela aura pour effet d’emmener les «juristes» vers une plus grande spécialisation, une segmentation de leurs marchés et la construction d’offres à plus forte valeur ajoutée.

La LegalTech est le bras armé du juriste, elle n’est que le prolongement de son expertise métier, un canal permettant de mettre la technologie au service du Droit dans l’intérêt de ses équipes et de se clients.

Cependant, une adoption massive ne pourra se faire qu’à partir du moment où le professionnel du Droit aura fait un travail autour d’une stratégie, de sa mise en oeuvre et de la pérennisation des outils déployés, cela va obliger les professionnels du Droit à communiquer davantage sur les solutions utilisées pour renforcer l’image du « juriste » augmenté.