Vers une collaboration pacifique : l’avocat de demain, avocat 2.0 ?

Malgré un premier contact plutôt « belliqueux », avocats et legaltech ont aujourd’hui tendance à se rapprocher en vue d’une collaboration plus pacifique. En témoignent les différents événements réunissant ces deux mondes (ex : le Village de la Legaltech), les déclarations de part et d’autres ou encore l’établissement d’une charte éthique commune. Une telle collaboration est tout à fait possible (et souhaitable) dès lors qu’elle se base sur une valeur faisant consensus chez les deux parties en présence : l’intérêt du client.
L’analyse d’Adrien Vaginay, Legistrat.

Les avocats ont sans doute compris qu’ils avaient tout à gagner à collaborer avec les start-up du droit : si celles-ci peuvent a priori être perçues comme une menace pour la profession, elles sont aussi et surtout source d’opportunités.

Chez LegiStrat, nous avons également cette lecture. En outre, nous sommes convaincus qu’il vaut mieux accompagner le changement plutôt que de le subir ou pire : de « pédaler à contre-courant ». De leur côté les legaltech ont également intérêt à collaborer avec les professionnels du droit, clients potentiels et créateurs de confiance.

Ainsi, les legaltech peuvent aider les avocats à dégager du temps et à se focaliser sur des missions à forte valeur ajoutée pour le client. Il convient de préciser que les technologies dont il est question ne permettent pas simplement d’établir des actes juridiques « simples », elles peuvent également permettre de simplifier les tâches administratives chronophages pour l’avocat et que l’on a trop tendance à oublier : facturation, relances, tenue de la comptabilité etc.

 

Il est évident que l’avènement des legaltech va faire évoluer la profession d’avocat, mais la question est : à quel point et sous quels délais ?

A très court terme, la profession ne devrait pas ressentir d’évolution notable si ce n’est une collaboration renforcée avec les start-up du droit sous forme :

– de partenariats : certaines legaltech travaillent déja main dans la main avec des avocats en tant qu’apporteurs d’affaires via leurs plateformes ;

– de sous-traitance : dans ce cas ce sont les avocats qui jouent le rôle d’apporteurs d’affaires.

Sont pour le moment concernés uniquement les actes juridiques « simples », dont la rédaction ne pose pas de difficultés particulières (ce qui ne veut pas dire qu’il ne sont pas importants). Entrent ainsi dans cette catégorie les procès-verbaux d’assemblée générale, les mises en demeure ou encore les statuts sociaux (sans oublier les recherches juridiques pour les tâches plus complexes). L’avantage est que les professionnels du droit peuvent ainsi consacrer davantage de temps à des missions à plus forte valeur ajoutée pour le client, à savoir des prestations nécessitant l’intervention de l’esprit humain (non substituable).

Mais la technologie évolue vite, saviez-vous par exemple que :

– la start-up Predictice a mis au point un outil de « justice prédictive » permettant de calculer vos chances de gagner un procès et les indemnités auxquelles vous auriez droit : pour ce faire, elle analyse en quelques secondes la jurisprudence relative à la problématique soumise et met en évidence les éléments de fait et de droit les plus pertinents.

– la start-up Case Law Analytics a mis au point un outil similaire, mais orienté « droit social » et plutôt du côté de l’employeur (celui-ci calcule aussi les chances qu’un licenciement soit qualifié de licenciement sans cause réelle et sérieuse, ainsi que le montant des indemnités).

– COIN (« Contract Intelligence ») est un programme utilisé par la banque JP Morgan : il permet d’analyser et d’interpréter les accords de prêts commerciaux, tâche qu’il réalise en quelques secondes contre 360 000 heures de travail par an pour le personnel… et avec un taux d’erreur moindre.

Les exemples sont nombreux, on pourrait par exemple citer le legal bot (robot juriste) américain Ross. Cependant le but n’est pas de cataloguer toutes les legaltech en développement, mais de mettre en évidence le fait que celles-ci évoluent à vitesse grand V et peuvent prendre en charge même les tâches les plus complexes.


Alors quel est l’avenir de l’avocat à long terme ? La profession est-elle vouée à disparaître ? Non, bien entendu… mais à évoluer, très certainement.

Sur le plan « macroéconomique » tout d’abord, au niveau quantitatif il faut s’attendre à une diminution du nombre d’avocats : l’augmentation du nombre d’avocats étant bien supérieure à la croissance du marché, cela semble inévitable. L’IA, comme d’autres technologies, remplacera l’homme pour les tâches les plus répétitives (que ce soit dans les cabinets ou dans les entreprises). Mais le phénomène risque fort de s’étendre aussi aux tâches plus complexes, que ce soit dans le domaine du conseil ou du contentieux.

Ensuite concernant l’évolution des fonctions mêmes, deux hypothèses complémentaires :

– Les avocats devront innover et identifier des nouveaux besoins chez leurs clients : de l’identification de ces nouveaux besoins découleront de nouvelles prestations, potentiellement non prises en charge par les entreprises. La révolution digitale affectera les particuliers comme les entreprises, de sorte que ces nouveaux besoins émergeront nécessairement.

– Les avocats devront acquérir de nouvelles compétences, à commencer par la maîtrise des nouvelles technologies, mais aussi développer une stratégie comme toute entreprise. Car n’oublions pas que l’avocat n’est pas seulement avocat : c’est avant tout un entrepreneur !

Bien que certaines formations spécifiques aient été mises en places, comme le D.U. Transformation Digitale du droit & Legaltech de Paris I, il est temps que les universités sensibilisent leurs étudiants sur la transformation digitale que connaissent les professions du droit. Car les étudiants d’aujourd’hui seront les professionnels de demain !

 

 

Adrien VAGINAY

 LegiStrat