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Juristes, comment réussir votre conduite du changement digital ?

Publié le : mardi 19 novembre 2019

Interview de Armand Jiptner, associé chez Bengs, cabinet de conseil en stratégie et innovation qui animera la conférence du même nom qui se tiendra au 4ème Village de la Legaltech le 26 novembre 2019 à 15H.

La transformation digitale des directions juridiques d’entreprise et plus généralement des métiers du droit (cabinets, offices de notaires,…) apporte ses promesses : suppression des tâches chronophages et répétitives, accélération de la capitalisation, augmentation du pouvoir de négociation, gestion alternative des tiers de confiance, etc.
Mais passer de l’intention à la mise en œuvre est parfois complexe.

Comment initier une démarche de transformation ?

"Je vois 3 approches développées par les DJ. Une première approche consiste à optimiser les activités par thématique de droit car le métier de juriste est traditionnellement structuré par expertise : droit des sociétés, droit de la PI, droit des contrats, etc. Cette approche qu’on pourrait nommer d’efficacité interne est celle qui prévaut depuis 10 ans. Les outils se modernisent et mécanisent les processus sous-jacents.

Une autre approche consiste à prioriser l’action sur ce qui aujourd’hui répond le plus aux exigences d’immédiateté et de complexité business croissante qui s’exercent sur les prestations juridiques. L’idée n’est plus d’écouter la seule voix du juriste mais aussi celle des clients internes et autres parties prenantes. Cette approche insiste beaucoup sur le collaboratif et l’accès intelligent à l’information juridique.

Dans d’autres cas, la démarche se complète de formations digitales financées par le groupe, d’une politique volontariste rendant obligatoire la couverture applicative de certains domaines juridiques prioritaires et mettant à disposition des outils recommandés. Cette
vision moderne embarque tous les métiers dans une nouvelle culture du travail. Un gros challenge en perspective.

Quelle que soit l’approche, l’effort d’accompagnement sur le sens de la transformation et l’exemplarité dans l’usage sont incontournables."

Qu’est-ce qui bloque ou fait échouer le plus souvent les innovations espérées ?

"Je vois principalement 3 obstacles majeurs au déploiement des projets digitaux a l’aube de 2020 1. Une vision trop conservatrice du digital qui reste trop faiblement associée à la transformation des modes de travail des juristes 2. Un foisonnement des innovations de marché, et il est non seulement difficile de faire le tri dans les différentes solutions proposées mais lorsqu’une pépite est choisie, les procédures internes ont tendance à ralentir ou compliquer l’expérimentation ou l’industrialisation 3. Un frein culturel lié à l’ADN du juriste, immense sujet, mais qu’on pourrait résumer par l’amour des lettres (et de word) et un contresens sur ce qu’est le numérique considéré trop souvent comme invasif."

Toutes les entreprises et Directions juridiques ont-elles une capacité à innover ?

"Si innover signifie trouver des solutions pragmatiques à des problèmes majeurs de performance, alors il n’y a pas de raison que les directions juridiques n’innovent pas. Le problème c’est que le sujet digital est souvent mal posé. Peut-on densifier le temps sur des tâches d’exécution, affiner grâce au big data les repères à toute prise de décision, et ainsi apporter davantage d’analyse et de coaching des managers et dirigeants ? La réponse est évidemment oui. Gagner du temps doit pouvoir servir à en consommer sur de nouveaux territoires !"

Comment identifier les domaines clés qui offrent un potentiel de transformation important dans la Direction juridique ?

"Un président d’un groupe du CAC 40 disait tout récemment lors d’une convention des juristes : « pour transformer le digital en une opportunité pour la fonction juridique, c’est la donnée qu’il faut appréhender : comment la formater, la combiner à d’autres données, et l’exploiter ? Pour ça, il faut que les juristes échangent beaucoup, expérimentent de nouveaux outils, et fassent tache d’huile dans l’organisation si l’expérimentation est probante. Dans cette optique, le juriste doit se faire entrepreneur ». Je trouve qu’il a tout compris.

Dans l’étude Bengs dont nous donnerons au Village LegalTech les conclusions clés, nous développerons les différentes stratégies à l’oeuvre dans les plus grandes DJ pour réussir leur transformation digitale. Nous développerons en quoi le « juriste entrepreneur » est la condition de réussite de cette nouvelle ambition. La « nouvelle frontière » des métiers du droit en quelque sorte.

C’est la raison pour laquelle la table ronde « Juristes, réussissez votre conduite du changement digital » organisée lors de la 4ème édition du Village de la LegalTech le Lundi 26 novembre à 15H00 est également composée de 5 entrepreneurs legaltech parmi les plus dynamiques du marché, William Fauchoux de BlockchainyourIP, Mathieu Davy de Call A Lawyer, Antoine Micaud d’easyQuorum, Cyril de Villeneuve de Gino LegalTech, Alexandre Grux d’Hyperlex.

Ils apporteront leur expérience de l’innovation digitale au service des entreprises dans ce débat qui s’annonce passionnant. "

Armand Jiptner, associé chez Bengs, cabinet de conseil en stratégie et innovation.