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Les interviews du Village de la Legaltech : Christian Le Hir, Directeur Juridique Natixis.

Publié le : vendredi 25 octobre 2019

Christian Le Hir a exercé au sein de la banque privée Martin Maurel, du Crédit Agricole et de la Caisse des Dépôts et Consignations avant d’être nommé directeur juridique de Ixis Corporate & Investment Bank en 1997. Directeur Juridique de la Banque d’investissement de Natixis de 2007 à 2009, il est Directeur Juridique de Natixis depuis 2009.
En parallèle, Christian Le Hir participe au projet RegMind dont l’objectif est d’offrir un accès facile à la réglementation bancaire et financière en Europe dans un contexte de forte inflation réglementaire.

Christian Le Hir organise chaque année un séminaire interne pour les Directeurs et Responsables juridiques du groupe autour de la Legaltech et des transformations des directions juridiques. Il participe également à la Conférence inaugurale en tant que Grand Témoin.

Comment mesurez-vous l’impact et la valeur d’une innovation dans votre Direction juridique ?

C’est un sujet délicat surtout quand il nous faut convaincre la direction générale de nous donner les budgets nécessaires à la digitalisation. Il est souvent difficile de calculer un ROI (retour sur investissement) qui est pourtant attendu pour valider les projets. Il est donc important d’avoir des arguments plus qualitatifs : réduction du risque, efficacité opérationnelle, aide au développement commercial … On peut aussi regarder les choses à l’envers : c’est-à-dire évaluer les risques à ne pas faire qui peuvent être liés aux risques financiers s’il y a des litiges, au risque de réputation, de conformité, à ne pas être compétitif par rapport à un concurrent etc.
Et on peut aussi se poser la question : quelle est la valeur créée par une direction juridique qui n’innove pas ?

Vous aviez indiqué l’année dernière "je ne vais pas ajouter au débat riche de savoir si la machine va remplacer l’homme" : que vous inspire à ce titre notre thème 2019 (« Humain + Technologie = 3 ») ; ne doit-on pas aujourd’hui être plus pro-actif sur la place de l’homme ?

L’humain est d’abord au cœur de la conduite du changement induite par la transformation digitale. La digitalisation d’une fonction juridique ne consiste pas à prendre un outil pour le plaquer sur une organisation existante. Cela va demander une acceptation de l’outil par les équipes et une adaptation des modes de travail. Si cette alchimie humain / technologie prend, je valide l’équation 1+ 1 = 3. C’est le concept de juriste augmenté.
D’ailleurs, certains (je pense à Luc Julia, l’intelligence artificielle n’existe pas – Ed First) parlent d’IA mais pour dire Intelligence Augmentée. Et ce n’est pas l’intelligence de la machine mais bien celle de l’homme qui est augmentée grâce à la technologie.

Pour quelles raisons Natixis prend-elle part depuis le début au Village de la Legaltech ?

C’est notre troisième participation au Village de la LegalTech. Cela nous permet de suivre l’évolution de l’écosystème en place. C’est une occasion pour nous de découvrir de nouvelles techniques ou de voir les évolutions qu’elles ont pu connaitre au cours des dernières années.
Cette année, nous profitons de cet évènement pour revenir sur la transformation digitale de la filière juridique de Natixis : ce que nous avons fait, ce qui est en cours et le chemin que nous souhaitons emprunter au cours des prochaines années.

Un tel bilan est important car la digitalisation de nos fonctions s’inscrit dans le temps long : cela fait près de 20 ans (déjà !) que nous disposons d’un outil de gestion de nos contrats, près de 10 ans pour la gestion des contentieux, de 5 ans pour l’automatisation de la production contractuelle ...
Plus récemment, nous avons mis en place un outil sécurisé de partage de documents pour nos contentieux, la signature électronique, la gestion numérique des factures d’avocats etc.

Et nous avons un certain nombre de projets en chantier comme le déploiement de Closd pour le closing des opérations de financement, la mise en production d’un assistant juridique proposé par Séraphin sur l’analyse juridique des problématiques du RGDP liées au Big Data et la mise en place au sein de toute la Direction Juridique de Regmind, un site d’accès à l’ensemble de la réglementation bancaire et financière.
Et nous avons aussi une feuille de route pour les années à venir autour d’un Data lake en construction et sur lequel nous faisons déjà des POC pour valider certains cas d’usage.

Cette année, nous allons aussi nous intéresser au legal design qui permet de s’ouvrir sur d’autres méthodes pour faciliter l’exercice du droit et surtout le simplifier. Cela va nous permettre de re-situer l’objectif de la digitalisation de la fonction juridique. Il est important que nous partagions au sein de l’équipe juridique une vision de l’intérêt du développement de la digitalisation pour chaque juriste et aussi pour les métiers et les clients que nous servons.