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Les interviews du Village de la Legaltech : Racem Flazi, président de LegalPlace.

Publié le : mercredi 30 octobre 2019

Racem Flazi est cofondateur et président de LegalPlace, société qui s’est donné pour mission d’automatiser les opérations juridiques. En parallèle à ses études à CentraleSupelec puis Cambridge, Racem a fondé une première société tech avant de lancer LegalPlace il y a 3 ans.
Nouveau TopSponsor du Village de la Legaltech, Legalplace s’implique pleinement dans notre écosystème.

Jusqu’où peut aller l’IA dans l’automatisation du travail juridique en terme de fiabilité ?

Un débat existe autour de la capacité de l’IA à automatiser de manière fiable le travail juridique. Il s’agit en réalité d’une discussion qui accompagne le développement de toute nouvelle technologie, qui doit nécessairement être éprouvée par le marché pour produire des résultats probants.

Chez LegalPlace, nous avons la conviction que l’automatisation du travail juridique grâce à l’IA augmente de manière significative la fiabilité et la qualité du travail effectué par les professionnels du droit. Bien plus d’une conviction, nous vivons déjà aujourd’hui cette réalité dans les processus que nous exécutons tous les jours chez LegalPlace. En plus de l’efficacité, la fiabilité est un gain évident : dans le couple “homme-technologie”, la source d’erreur est bien souvent humaine. L’IA et la technologie d’une manière générale permettent précisément de limiter les erreurs humaines et donc d’augmenter le degré de fiabilité.

Toutefois, nous avons la conviction que l’IA ne peut pas remplacer l’humain ou fonctionner sans lui. Tout d’abord, l’IA a besoin du juriste pour apprendre. Ensuite, l’IA ne peut pas négocier, opérer des choix stratégiques ou prodiguer des conseils juridiques. Elle peut en revanche efficacement préparer le travail du juriste, lui éviter de perdre du temps sur des tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée intellectuelle.

Le thème de notre salon est "Humain + technologie = 3" : quelle proportion occupe la tech selon vous dans cette équation ?

Les avancées spectaculaires de la tech’ l’amèneront sans aucun doute à occuper une place de plus en plus importante dans cette équation. Mais il faut bien garder à l’esprit que la tech’ doit toujours rester au service de l’humain, c’est à dire des professionnels du droit, afin de leur permettre de travailler tous les jours un peu plus efficacement.

La mission principale des legaltechs consiste justement à exploiter les synergies offertes par la tech’ pour créer des juristes et des avocats augmentés. Cela se traduit très concrètement par des solutions et des applications métier variées :

1. Automatisation des opérations juridiques
Les professionnels du droit pourront bientôt automatiser leur propre production documentaire afin de réduire le temps passé sur la rédaction des contrats liés à une opération. Certains le font déjà avec des solutions développée en interne, mais souvent assez lourdes à gérer et impliquant l’intervention de DSI ou de support technique informatique pour tout ajustement.
Cette évolution permet de créer de nouveaux usages : les opérationnels sont autonomes et peuvent produire les contrats dont ils ont besoin sans solliciter systématiquement les juristes. La direction juridique peut ainsi déléguer en toute sécurité la production des contrats aux opérationnels de leur groupe, et pourra ainsi concentrer toute son attention sur les tâches à forte valeur ajoutée de son métier.
Plus généralement, la tech’ permettra aux professionnels du droit de robotiser les workflows des opérations juridiques afin de les gérer plus efficacement et avec le minimum de frictions. En effet, une opération juridique implique tout un workflow et des interactions entre plusieurs parties, qui s’étendent de la production des documents à leur signature, en passant par la négociation et leur validation.

2. Gestion intelligente de la flotte contractuelle et exécution des contrats
Au-delà de l’automatisation des opérations juridiques, les professionnels du droit sont confrontés à l’enjeu de la gestion de leur flotte contractuelle, au sein de laquelle ils peinent parfois à s’y retrouver.
La tech’ doit leur permettre de rechercher et trier leurs contrats en quelques secondes grâce à des contrathèques intelligentes. Bien plus encore, notre ambition est de leur permettre d’extraire automatiquement les informations clés d’un contrat, sans qu’une revue manuelle soit nécessaire. Les juristes pourraient ainsi être notifiés automatiquement aux moments les plus pertinents de la durée de vie du contrat (par exemple lors de son renouvellement) afin de ne manquer aucune échéance importante.

3. Amélioration de la compliance au sein des groupes
Les technologies sur lesquels nous travaillons permettent de contrôler la compliance et de générer des notifications et alertes automatiques lorsqu’elles détectent un problème de conformité. Nous nous attendons à voir de plus en plus de technologies se développer dans ce sens.

4. Capitalisation du savoir-faire juridique
Dans les professions-juridiques où le savoir-faire constitue le cœur de la valeur ajoutée, la tech’ doit permettre de le capitaliser et le partager, afin d’uniformiser les pratiques contractuelles au sein d’une même organisation (une entreprise ou un cabinet d’avocats).
De nombreux juristes nous font régulièrement part du temps précieux qu’ils perdent à récupérer des contrats et clauses auprès de leurs collègues et à vérifier que les éléments fournis sont bien à jour. Bien souvent, ils se rendent compte postérieurement qu’ils ont passé du temps à rédiger des documents qui existent déjà. La technologie a vocation à corriger ces dysfonctionnements pour permettre aux professionnels du droit de travailler plus efficacement.
Cette capitalisation peut même aller jusqu’à automatiser en partie le travail de veille en « injectant » des données à jour dans les modèles utilisés

Quels sont d’après vous les prochains domaines de développement des LT ?

La legaltech est un secteur relativement jeune auquel est promis un avenir florissant, les domaines de développement sont donc nombreux. Nous avons toutefois déjà identifié certains domaines prometteurs dans lesquels devraient se jouer des évolutions significatives :
-  La production automatisée et personnalisée d’actes selon le contexte
-  L’exécution digitale de contrats (notifications, branchement à des systèmes externes, etc.)
-  Les contrathèque intelligentes
-  La gestion intelligente de workflows
-  La lecture automatisée des documents sans qu’ils soit nécessaire d’entraîner le logiciel sur des centaines voire milliers d’échantillons
-  Le conseil juridique personnalisé selon le contexte
-  L’analyse de risque.

L’avenir nous dira dans quels secteurs la tech’ répondra au mieux aux besoins des professionnels du droit.